Un peu plus loin… Marchant toujours d’un pas léger sous un soleil qui se faisait de plus en plus pesant, l’enfant entendit, venant des fourrés qui bordait le chemin, un cri plaintif, qui le fit une nouvelle fois s’arrêter.
Alors que l’enfant se penchait par dessus le bosquet, il aperçut un oiseau blessé, aux ailes brisées, se tenant là bien caché.
Il vit qu’il s’agissait du plus bel oiseau, qu’il ne lui ait jamais été donné de voir jusqu’à présent.
C’était un bel oiseau blanc au plumage duveteux, ressemblant au blanc laiteux des nuages Cotonneux.
D’un blanc étonnant et pourtant… Maculé… Du fait de ses blessures, son plumage, semblait paré de fils de soie, miroitant de milles reflets sous la morsure du soleil.
Ses ailes argentées devenues inutiles, puisque ne pouvant plus le porter dans les airs, accrochaient encor’ un peu la lumière du jour.
Le bel oiseau ne volait plus… Le bel oiseau ne chantait plus…
L’enfant prit délicatement au creux de ses mains l’oiseau mourant, qui ne semblait plus souffrir.
Mais l’enfant, croyait…L’enfant espérait… Avec toute la force de l’espérance, qu’on peut avoir quand on est un enfant d’à peine dix ans.
Et l’enfant dit à l’oiseau :
« Je vais te mettre à l’abri ! Je te soignerai, et tu verras bientôt, lorsque tu seras guéri, lorsque tes ailes ne seront plus brisées, lorsque tu pourras voler de nouveau, tu rechanteras. Et je serais là…
Pour écouter ton chant.»
Pour écouter ton chant.»
Tout d’abord, l’enfant confectionna, de ses mains habiles, un doux petit nid qu’il posât bien au frais pour protéger l’oiseau souffrant, du soleil brûlant, du vent soufflant et des prédateurs tout autant.
Ensuite, l’enfant se mit à soigner, du bel oiseau, les ailes, et pour ce faire, lui confectionna des attelles.
Puis l’enfant dit encor’ :
« Je veillerais sur toi ! Peu importe, le temps que cela prendra pourvu que tu ailles mieux, et que tu puisses chanter de nouveau un jour. Car je suis l’enfant, je n’ai jamais encore entendu ton chant, ni vu si bel oiseau d’ailleurs…»
Et l’enfant, croyait…L’enfant espérait…
Et chaque jour, l’enfant allait à la rivière pour amener à l’oiseau, un peu d’eau fraîche, que celui-ci buvait aux creux de ses petites mains.
Et chaque jour, l’enfant fouillait la terre pour trouver de quoi nourrir l’oiseau.
Et chaque jour, plus que l’eau fraîche et la terre fouillée…Chaque jour, l’enfant était présent…
Et chaque jour, l’enfant chantait à l’oiseau avec toute la force de l’espérance qu’on peut avoir quand on est un enfant d’à peine dix ans…
Car cette fois... L'Enfant avait quelque chose à apporter à l'Oiseau de soie...
Et c’est ainsi, que l’Oiseau, L’Oiseau de Soie… comme l’Enfant le nommait, se mit à aller mieux.
De nouveau, il commença à remuer les ailes, mais c’était un peu tôt encor’ pour pouvoir voler dans le Ciel.
Il retrouvait le soyeux de son plumage. Les tâches de sang séchées, laissées par ses blessures disparaissaient peu à peu, à présent.
Et puis, un beau jour, l’Enfant revenant de la rivière, ne vit plus l’oiseau dans sa cache. Il entendit tout d’abord un frêle piaillement et,
Lorsqu’il leva les yeux vers la cime de l’arbre le plus proche, il vit que celui-ci se tenait sur une branche. Avec bien du courage, il avait réussi à déployer ses ailes pour voler jusque là.
Lorsqu’il leva les yeux vers la cime de l’arbre le plus proche, il vit que celui-ci se tenait sur une branche. Avec bien du courage, il avait réussi à déployer ses ailes pour voler jusque là.
Et l’Oiseau, qui était encore un peu souffrant, dans un ultime effort, ouvrit le bec en grand, pour déclamer à l’enfant :
« Sais-tu qui je suis ? Toi Enfant ! Tu me nommes ainsi « Oiseau de Soie ! Et du reste, cela me va comme un gant.
Je glisse depuis la nuit des temps sous la caresse du vent,
Des étoiles au firmament
Des plaines jusqu’au soleil levant.
Du couchant jusqu’aux désert les plus brûlants.
Et je chante mon chant pour qui veut bien encor’ prendre le temps
De l’entendre. »
« Je suis le bel oiseau blanc. Si mon plumage est en effet de Soie, les hommes, depuis la nuit des temps, me veulent Loi. Ils chantent mon chant, chantent ma gloire, mais sans vraiment y croire, prononcent mon nom sans aucun égard, et m’ont chassé de tout temps.
Toi, Enfant qui a prit le temps, qui a su me charmer sans me rendre captif. Ces mots seront pour toi, dont le cœur est droit. Je t’apprendrai ma ritournelle qui ne devra pas rester tienne. Tu la répandras par delà la Terre , les monts et les rivières, par delà les clairières.
Tu la répandras, comme on sème les graines, le blé, l’orge ou le millet. Tu la chanteras pour l’Homme, qu’il puisse encor’ récolter un jour…
Tu la chanteras pour celui là que tu rencontreras, et qui aura certainement perdu sa route. Tu la chanteras pour le mendiant, le vagabond ou le solitaire. Celui là même, dont la peine est si lourde qu’il ne peut plus tendre la main, qu’il puisse de nouveau moissonner, le cœur léger et l’âme en paix.
Ce chant, que je t’offre, comme la plus belle de mes plumes, dont je ne saurai déparer mon plumage sans valable raison, sans valable oraison, tu le chanteras à l’arbre millénaire, que tu croiseras sur ton chemin, lorsqu’à la croisée des chemins, les doutes et les déroutes te feront t’égarer toi-même de la route.
Tu la chanteras comme Espérance
Tu le murmureras au berceau des rivières, pour que celles-ci puissent continuer à couler, éternelles.
Tu le murmureras au mince filet d’eau lorsque celui-ci ne sera plus que gargouillis.
Tu le chuchoteras comme berceuse à l’enfant, afin que le torrent furieux se calme et regagne son lit. Tu le chuchoteras tout doucement comme on apaise la fièvre au front de l’Enfant.
Et puis enfin, tu offriras cet air, comme je l’ai fait moi-même à la Belle , la Vilaine , la Passante , à celle là même qui aura perdu la foi, afin qu’elle ne demeure pas Etrangère… À celle la même, qui retrouvera le regard clair pour apercevoir son reflet au sein de la rivière.
Et puis enfin, lorsque ce doux refrain sera alors complet d’un autre couplet ajouté, tu creuseras de nouveau la Terre, comme tu le fis pour moi naguère, pour enfouir de tes mains ce chant sacré, afin qu’il demeure sacré… Jusqu’à ce qu’il soit, déterré quand le jour viendra une nouvelle fois.
Je suis le bel oiseau blanc ! Tu es l’Enfant… Et il est temps pour toi à présent de reprendre la route. »
Et l’Enfant reprit le chemin, qu’il avait quitté le temps de soigner et de guérir l’Oiseau.
Et l’enfant continua sa route, en sifflotant la douce musique dont le bel Oiseau Blanc, l’Oiseau de soie, lui avait confié les secrets…
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