La belle libellule battit encore des ailes un moment au cœur de la nuit et commença à virevolter de ci delà comme trépignant d’impatience à l’attendre. Opaline quitta prestement le bord de la fenêtre, se dirigea vers la porte des sa chambre, l’ouvrit d’un geste précis et s’élança vers l’escalier qui menait à la sortie. Elle descendit quatre à quatre les marches du Palais, et l’instant d’après se retrouva sur le perron. Elle était gracile et la robe de mousseline blanche, qu’elle portait ce soir là, aux manches amples, se déployait dans les airs comme les ailes d’un oiseau, qui aurait pris son envol. On aurait dit un ange. Ses pieds ne semblaient pas toucher le sol. Et c’est avec légèreté, en deux temps trois mouvements, qu’Opaline se retrouva sur le perron…
Les ailes scintillantes étaient toujours là à l’attendre. Puis se remirent en marche plus vivement. Et une folle course commença.
Opaline se prit à courir. Elle courut à perdre haleine pour ne pas perdre le bel insecte. Elle courut un long moment, relevant un peu le bas de sa robe, pour ne pas se prendre les pieds dedans. Elle courut à longues enjambées, parcourant les allées boisées, elle arriva bientôt aux grilles de l’enceinte du Palais. Elle parcourut les plaines, les herbes hautes, jusqu’à atteindre bientôt les marécages. Opaline sentait la caresse du vent sur son visage. La nuit n’était pas glaciale, pour une fois, bien au contraire. Dans l’air flottaient les parfums de la nuit, qui enveloppait son âme. Opaline se sentait bien. Une chouette hulula dans le lointain. Mais Opaline n’eut aucune crainte…
Le bel insecte la grisait et elle pressentait tout au fond de son être que celui-ci détenait un mystère, comme une réponse secrète.
Tout le temps qu’elle courut Opaline ne versa une larme. C’était bien la première fois que cela lui arrivait. Il y avait de la magie dans ce bel insecte. Et tout empressée qu’elle était et toujours autant captivée par les ailes scintillantes de Belle libellule, Opaline ne remarqua pas lorsqu’elle fût arrivée à l’entrée des marécages. Un brouillard opaque comme un mur se dressait devant eux. Et Opaline et Belle Libellule disparurent dans la brume…
Depuis l’enfance, ses parents l’avaient moult fois mises en garde contre ce lieu interdit. Dans tout le royaume on racontait que cet endroit était maudit, et que ceux qui avaient osé y pénétrer, n’en étaient jamais revenus. C’était une jeune fille pourtant fort raisonnable de nature. Et elle avait toujours tenue compte des conseils de ses parents et amis. Mais ce soir là, c’était une sorte de magie qui opérait. La libellule l’éclairait dans la nuit, guidant ses pas. C’était comme un guide. Elle avait un message à délivrer à la jeune fille, une réponse à lui apporter.
Ainsi les brumes du marécage se refermèrent sur Opaline et Belle Libellule. Tout d’abord, la jeune fille ne se rendit pas compte qu’elle s’enlisait. Ses pas se faisaient de plus en plus lourds.
Elle peinait à présent à avancer. Le souffle court, un froid glacial commençait à envelopper les lieux. Belle libellule était toujours là à battre des ailes pour inciter Opaline à continuer à la suivre.
Le temps pressait…
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